La bataille de Waterloo
5) La Charnière

Dégagé
maintenant sur sa droite à Plancenoit grâce à sa Vieille Garde, Napoléon peut se
concentrer sur Wellington, d'un rapide coup d'il, il constate un frémissement dans
la ligne Anglaise. Il pense que Wellington a engagé toutes ses troupes, alors que
lui possède sa formidable réserve, bien qu'une partie soit engagée à Plancenoit: La Garde Impériale. Un peu avant, Wellington demanda d'urgence l'aide
du corps de Zieten arrivé depuis peu, Zieten lui répondit qu'il interviendrait dès qu'
il aurait son corps au complet. Il envoya tout de même un officier pour évaluer la
position de son allié. Celui ci revint peu de temps après en déclarant un peu
exagérément que les Anglais étaient en pleine retraite, ce qui était faux, mais qui
laisse bien entrevoir la situation précaire de l'armée de Wellington. Zieten décida de
ne pas s'engager, jugeant la situation périlleuse pour son corps d'armée. Il décida de
rallier le corps de Bülow. Un officier de liaison Prussien nommé Müffing, vint alors le
supplier de rallier les Anglais "La bataille est perdue si vous ne venez pas secourir
le Duc (Wellington)" Zieten hésita puis repris sa marche dans sa première
direction.
L'Empereur rappelle à Ney son principal objectif, la prise de la Haye Sainte. Les défenseurs sont presque à court de munitions, Wellington n'en a plus en réserve et envoie deux compagnies à leur secours.
Ney va jeter sur la Haye Sainte le 13em Léger et un détachement du 1èr génie. On combat au corps à corps.Les Allemands qui résistent se battent maintenant à l'arme blanche, les Français sont néanmoins maîtres des lieux, c'est un nouveau tournant de la bataille. Le centre Anglais est maintenant directement menacé. Ney fait installer une batterie à cheval et envoie un régiment prendre la sablonnière (ou gravière), d'où décroche le 95èm Anglais. Les canons placés par Ney un peu en avant de la Haye Sainte tirent à moins de 300 mètres du centre des Coalisés et le régiment Français qui à pris pied à la sablonnière les fusillent à moins de 80 mètres . Les débris de l'infanterie Française regrimpent les pentes. Si le centre gauche résiste bien , la gauche Anglaise est ébranlée et le centre droit est à bout de force. La droite Anglaise est elle presque intacte. Les fuyards chez Wellington sont de plus en plus nombreux.
Incontestablement,
la ligne des Coalisés flanche, le centre est presque ouvert, Napoléon est proche de la
victoire. Les officiers Anglais viennent aux ordres, Wellington répond qu'il n'y a
pas d'autre ordre que de tenir jusqu'au dernier on l'entendra soupirer "Pourvu que la
nuit ou Blücher arrive". Les soldats Coalisés se battent avec courage, mais l'on
sent un flottement dans le centre. Evidemment un coup de boutoir de l'infanterie
Française eut été certainement décisif, mais chez eux aussi, les rangs sont décimés
et les soldats sont à bout de forces. Le général Heymès est alors envoyé à
l'Empereur par le Maréchal Ney pour demander des troupes. "Des troupes, où veut
t'il que j'en prenne, veut t'il que j'en fasse !" s'écriera l'Empereur. Il reste en
réserve six bataillons de Vieille Garde et six bataillons de l'ex "Moyenne
Garde".
Mais désormais sans cavalerie de réserve , Napoléon hésite à engager sa Garde car sa position, toujours sous menace Prussienne n'est pas très confortable.
C'est probablement à ce moment précis que le sort de la bataille se décide; Bon nombre d'historiens pensent qu'une attaque de la Garde au complet à ce moment précis sur le centre Anglais eût été décisive. Pourtant, entre le moment ou Ney réclame de l'infanterie et l'assaut d'une partie de la Garde, il va se passer environ une demi-heure. Une demi-heure qui va décider du sort du monde.

Carabiniers (France)
Pendant
cette demi-heure, un capitaine des Carabiniers royaliste passe à l'ennemi et dévoile à
l'officier Fraser, qui prévient Wellington, les intentions de l'Empereur. "Vive le
Roi, préparez vous, ce bâtard de Napoléon sera sur vous avant une demi heure avec sa
Garde". Wellington prévenu de l'attaque de la Garde parcourt le champ de bataille
replace ses troupes sur sa droite, la fait renforcer avec toutes les unités disponibles
infanterie et cavalerie, fait amener ses batteries de réserve et ordonna de ne plus tirer
que sur la Garde qui allait donner l'assaut. Le piège est en place. Plusieurs
témoignages sont formels, Wellington de son emplacement et à cause de la fumée
avait fort peu de chance de voir le mouvement de la Garde, il n'en parle d'ailleurs pas.
S'il l'avait vu s'ébranler, et après avoir déterminé sa direction, il aurait été
trop tard pour renforcer sa droite comme il a pu le faire. La trahison de cet officier
aura de très lourdes conséquences sur la suite de la bataille. J'ai appris recemment son
nom, ce serait trop d'honneur que de le citer.
Pauvres carabiniers, couverts de gloire en cette journée, l'on assure que pas un n'a survecu à la bataille, à part bien sûr un certain officier. Il est difficile de dire si les carabiniers ont été anéantis, mais ce qui est sûr c'est qu'ils ont subi de très lourdes pertes en ce jour funeste. L'histoire confirme officiellement dans les rangs des officiers des deux régiments engagés (1er et 2èm Carabiniers) la perte d'un major, d'un chef d'escadron, de deux capitaines, de quatre lieutenants et de quatre sous-lieutenant, ce qui démontre que ces deux régiments ont particulièrement souffert. Si ces indications sont complètes, il y a forcément eu des survivants. Je ne possède pas d' indications sur les pertes des sous-officiers ou des cavaliers.
Ce qui est très étonnant, c'est que Wellington place ses troupes sur sa droite, à l'endroit ou il est le plus fort, et donc le moins exposé. Plus troublant encore, c'est à cet endroit incongru que précisement l'on envoie la Garde se fracasser. Les officiers Anglais ne semble pas être au courant, car c'est après avoir repoussé l'attaque, qu'ils furent étonnés de trouver des bonnets à poils parmi les shakos.
(voir l'annexe sur la Garde)
Napoléon
va confier l'attaque de la Garde au véritable "trompe-la-mort" de service,
entendez le Maréchal Ney, en tous cas, le moins que l'on puisse dire, c'est que
l'Empereur n'est pas rancunier, après les "Quatre-bras" et les charges à
"l'esbroufe" de la cavalerie, il va encore lui confier ses "Fidèles des
fidèles". Surprenant choix, quand l'Empereur disait quelques heures plus tôt à
propos des charges de Ney. "Le malheureux, c'est la deuxième fois depuis avant-hier
qu'il compromet le sort de la France". En tout cas, ce n'est pas parce qu'il n'a
personne d'autre, Drouot et Friant, généraux de la Garde sont d'excellent chefs, ainsi
que la totalité d'ailleurs des officiers de la Garde. L'Empereur va tenter l'assaut
ultime et briser le centre Anglais, espérant ainsi être en position favorable pour
contenir les Prussiens, voir même pour provoquer leur retraite du champ de bataille.
Ney se voyant ainsi confier six bataillons de la Garde, dite Moyenne Garde dans le langage courant, et part à l'assaut du Mt St Jean. Il place le 2em bat du 3èm grenadiers commandé par Poret de Morvan en réserve sur un mamelon, à mi-chemin entre la Haye Sainte et Hougoumont.
Au moment ou la Garde descend vers la Haye Sainte, le corps de Zieten débouche presque à l'angle des deux lignes de bataille, cette fois ci, c'est critique, les troupes Françaises commencent à se replier, et il faut que Napoléon lui même se porte sur le front pour convaincre les troupes de maintenir ses positions. L'Empereur pour éviter la catastrophe fit répandre le bruit de l'arrivée imminente de Grouchy. Vu de loin, les Prussiens pouvaient faire des Français forts convenables. Certains des soldats voyant s'avancer la Garde reprirent confiance. la Garde va donner. La Garde allait asséner le coup de grâce et Grouchy arrivant sur les derrières de l'ennemi, c'était bientôt la victoire. L'Empereur utilise ici un subterfuge discutable, mais il n'a plus le choix des moyens.
La, intervient un point d'achoppement classique; Combien de bataillons de la Garde montent à l'assaut et surtout dans quel ordonnancement.
Certains historiens ont décrit une attaque de douze bataillons, d'autre une attaque sur une colonne d'autre sur deux colonnes, d'autres sur cinq ou quatre carrés.
Aux vues des régiments coalisés engagés par la Garde, et la largeur du front couvert par ces cinq bataillons l'attaque en une ou deux colonnes est impossible. Seuls l'ordonnancement en colonne par bataillon ou en carré est possible.
En effet de la droite à la gauche des régiments coalisés engagés ce jour la, la distance en largeur est de presque 1500 mètres. Impossible donc à couvrir par une ou deux colonnes car les régiments Anglais au centre de cette distance ont été aussi engagés.
Ce
dont ont est sûr, c'est que l'Empereur descend jusqu'à la Haye Sainte avec les
bataillons de la Garde en carrés. Logique, puisqu'elle est en carré depuis l'arrivée
des Prussiens à Plancenoit, elle descend donc dans cet ordonnancement. Sûr, que
Napoléon confie l'attaque au Maréchal Ney avec six bataillons de l'ex Moyenne Garde. Et
que lors de la débandade de ces régiments, l'Empereur est en train de faire
manuvrer la Vieille Garde afin de la placer en colonne d'attaque, ce qui indique
évidemment qu'elle ne s'y trouve pas . De là, nous pouvons en déduire que si la
Moyenne Garde était montée en colonne, elle aurait dut manuvrer en marchant. Même
si la Garde est experte en manuvre d'ordonnancement, cela paraît improbable, mais
néanmoins pas impossible. Toutefois, il ne faut pas oublier que nous sommes sur un champ
de bataille, pas au carousel, et qu'une charge surprise de cavalerie sur un bataillon en
pleine manoeuvre signifie pour ce dernier la déroute. L'exemple récent de Drouet d'Erlon
l'atteste.

Grenadier de la Garde en Grande tenue
Il
est fort probable que la Garde monta à l'assaut en carré par échelon. Cependant,
certains officiers Anglais parlent de colonnes, mais à cette à une certaine distance et
gêné par la fumée, la méprise est possible, surtout de flanc. Formation d'attaque
discutable pour aborder de l'Infanterie, mais là, on suppose que pressé par le temps,
les chefs aient décidé de forcer le destin, pas le temps pour la manuvre en
colonne, plus vite le centre sera enfoncé, mieux se sera. Pourtant, la question peut se
poser, pourquoi cet ordonnancement . Il semblerait qu'à ce moment, l'on ne s'attend pas
à affronter de l'infanterie. Dans les rangs de la Garde, personne n'a connaissance
de la trahison de l'officier des carabiniers.
Au lieu de faire monter la Garde par la route de Bruxelles, où un repli de terrain l'aurait protégé de l'artillerie Coalisée sur ses flancs, Ney fait monter ces braves en biais, sur des pentes découvertes l'exposant ainsi à l'artillerie et augmentant le chemin à parcourir, donc le temps d'exposition à la mitraille.
Personne de plus ne pense que les moins de trois mille hommes, à peine deux mille en abordant les Coalisés, vont se trouver nez à nez avec presque dix mille hommes et une grosse puissance d'artillerie. De nombreux historiens de toutes nationalités sont d'accord pour dire que si la Garde avait formé une seule colonne, elle eût très probablement percé le front de Wellington, mais peut être pas à cet endroit. Aussi étrange que cela puisse paraître, le Maréchal Ney ne porte pas l'attaque sur le point le plus faible , mais sur le point le plus fort de la ligne Coalisée. Décidément..
Il
est difficile en histoire d'affirmer les choses avec certitude, d'autant plus que ce jour
là, les témoins directs sont nombreux, mais chacun raconte "sa" bataille. Il
est évident qu'un témoin placé à gauche n'a pas vu la même bataille qu'un autre
témoin placé à droite ou au centre. La fumée et les accidents de terrain rendaient
impossible une vision globale impossible. Les témoignages des hommes de troupes sont
précieux , mais limités géographiquement à leurs environnements immédiats. Il est
fort peu vraisemblable qu'un soldat Ecossais par exemple, puisse identifier à trois cent
mètres tel ou tel régiment Français. L'épisode de la bataille de Ligny ou des
Français identifient comme ennemie une colonne Française laisse perplexe quant aux
témoignages directs des combattants.
Alors imaginez l'armée coalisée de Waterloo ou plusieurs nations étaient représentées. De plus, certaines d'entre elles ayants servies sous Napoléon, la coupe de leurs uniformes était très proche de l'uniforme Français. N'oublions pas que pendant cette période des cent jours, l'armée Française manque de tout, et que dans certains régiment, le mot uniforme perd sa signification. Même dans la Garde.
Quant aux officiers supérieurs, la vision du champ de bataille est fonction de leur nationalité. Les Prussiens affirment que sans eux Wellington était battu, les Non Britanniques Coalisés disent que de toutes façons les Français n'étaient pas passé, les Anglais prétendent qu'eux seuls ont été efficace, les Français ne jurent que par la trahison, et trouve en Grouchy, récent Maréchal, un bouc émissaire parfait.
Une récente émission de la BBC explique toute la bataille de Waterloo et l'éfficacité des Anglais sans citer les autres troupes Coalisées et en omettant même les Prussiens. Malheur au vaincu
Mais il faut bien se rendre à l'évidence, Ney depuis quelques jours accumule les erreurs. Dont certaines incompréhensibles. Il est vrai que les maréchaux de l'Empereur ne sont pas tacticien, le plus capable pendant cette période était probablement le Maréchal Davout. Mais Napoléon l'a nommé Ministre de la Guerre, et il est à Paris. Sa loyauté n'a pas paru flagrante à l'Empereur.
Il attendait Grouchy, c'était Blücher

Maréchal GROUCHY
Von
Thielmann fait écrire à Blücher, qu'engagé près du Wavre par les Français (Grouchy)
, il ne peut se rendre sur le champ de bataille, et qu'il demande du secours. Blücher se
moque éperdument de son général. Qu'importe si son corps est écrasé au Wavre si la
victoire est certaine ici. Grouchy après une superbe manuvre, rejoindra les
frontières Françaises avec son corps d'armée intact. Victime expiatoire de la défaite
de Waterloo, Grouchy porte sur ses épaules le poids de la tragédie. Il est vrai que son
refus de se porter sur le champ de bataille, malgré les ordres de l'Empereur constitue
une faute majeure. Etonnante, cette propension chez les maréchaux et officiers
supérieurs à accumuler les erreurs sur une si courte période de temps. Grouchy,
sûrement le plus célèbre méconnu des maréchaux est loin d'être un lâche, tout comme
Ney. Cavalier hors pair, il porte sur son corps quatorze cicatrices reçues au combat.
Napoléon l'a lui même élevé au rang de Maréchal récemment. Il se trompait rarement
sur le jugement des hommes, surtout sur la valeur de ses soldats. " Je veux qu'on
exécute mes ordres ponctuellement, sur un champ de bataille, moi seul sait ce qu'il faut
faire" disait l'Empereur. Etre fin tacticien n'était donc pas nécessaire.
Pressé par ses généraux afin de rejoindre le champ de bataille. Grouchy ignora superbement ces conseils pourtant avisés. Grouchy fut jugé par l'opinion publique comme seul responsable de la défaite, un peu hâtivement et injustement. Les torts sont à partager avec Ney et Napoléon lui-même, qui depuis un certain temps avait une fâcheuse tendance au "laisser-faire". Napoléon ne pouvait être égal à lui même qu'avec le pouvoir de la dictature absolue, c'est paradoxalement pour ne pas l'avoir voulu prendre quelque semaines plus tôt que sa chute était presque annoncée. On a parlé aussi de léthargie et de crise d'hémorroïde aiguë. Napoléon est très fatigué depuis son retour de l'Ile d'Elbe. La carrière exceptionnelle et fulgurante à vieilli prématurément cet homme. Sa santé est précaire, il porte depuis son retour sur le visage un teint verdâtre, il ne semble plus être animé de la même flamme. Il est surtout très seul, et à beaucoup souffert des défections et des revirements de certains de ses anciens fidèles. Désormais, il semble subir plutôt que d'agir. "Et puis, ça ira comme ça pourra" l'a t'on entendu dire avant son départ en campagne. Néanmoins jusqu'en 1819, les gardes Anglais de St Hélène le surnommeront "Le mouvement perpétuel".
Il
est curieux de constater que dans Paris, par exemple, aucun boulevard dit "des
Maréchaux" ne porte le nom de Grouchy. Son futur ralliement à la royauté ajoutera
au trouble de son action ce jour là. Ce qui ne l'empêchera pas, en apprenant la défaite
de Napoléon, d'opérer une manuvre de dégagement et de repli qui force
l'admiration. Il ramènera ses troupes en bon ordre en France.
La légende, compagne ancestrale des soldats va doucement remplacer son ennemie l'histoire ; la Garde Impériale va aborder le plateau.