La bataille de Waterloo

7) La débâcle

 

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La Garde meurt

Fr.gif (1266 octets)   Le cri de "la Garde recule", va sonner le glas de la Grande Armée. L'inconcevable était arrivé. Pas tout à fait, car comme cela est expliqué dans l'annexe Garde Impériale, certains soldats de l'ex Moyenne Garde portaient des bonnets à poils, d'où la confusion. Pour les Anglais d'abord, qui crurent avoir repoussé la Vieille Garde, puis pour les Français qui prirent les débris de la Moyenne Garde pour la Vieille Garde. En tout cas, dans l'esprit qui régnait à ce moment là sur le front, la seule vue de la Garde repoussée aura servie de déclencheur. Mais ne nous y trompons pas, la Vieille Garde ne serait très vraisemblablement pas passée non plus. Ce n'est pas la qualité des soldats qui est en cause.

    Des rumeurs de trahisons circulaient depuis quelques jours, on avait retrouvé des cartouches bourrées de son à la place de la poudre, la défection du Général Bourmont passé à l'ennemi avec son état-major, les manoeuvres désorganisées et les attaques inefficaces avaient semé le doute parmi les soldats. L'enthousiasme montré par les Français n'était il pour eux qu'une façon de se rassurer, d'essayer de conjurer le sort ?. Une phrase de l'Empereur revient en mémoire, "Je gagne mes batailles avec les rêves de mes soldats endormis" . De quoi révaient t'ils ces soldats, de paix , de foyers avec femme et enfants ?. De cour Royale et de privilèges désormais perdus ?

    Aux cris de "La Garde recule", l'infanterie et les débris de la cavalerie qui devaient seconder l'attaque s'arrêtent net, pétrifiés, et commencent à redescendre la pente. Les têtes de colonnes Prussiennes abordent les fantassins de Durutte à Papelotte. Un autre cri "Sauve qui peut, nous sommes trahis!!" se fait entendre sur le champ de bataille, la déroute commence.

    Quelques soldats qui se battaient encore sont balayés, les Prussiens se ruent à l'assaut. De la gauche à la droite, la ligne Française cède et se débande.

 

GB.jpg (1959 octets)   Wellington s'avance sur le bord du plateau et agite son chapeau, c'est l'assaut des troupes Coalisées sur les fuyards, 40 000 hommes se ruent sur les débris de l'armée Française. A cette vue, le peu d'infanterie qui tenait encore ses lignes fait demi tour et regrimpe vers la Belle Alliance, on abandonne Hougoumont, la Haye Sainte. La cavalerie Coalisée soudain plus courageuse, sabre les fuyards aux cris de "No quarter!"(Pas de quartier). C'est la plus épouvantable  confusion. Napoléon qui préparait l'attaque de la Vieille Garde, sait maintenant qu'il est vaincu, mais espère organiser une retraite cohérente. Il fait rompre la colonne d'attaque de la Vieille Garde et la fait établir en carrés par bataillon, pour mémoire le 2ème bat.du 2ème Grenadiers , commandé par Roguet,  le 2eme bat. du 2ème Chasseurs avec pour chef Christiani, et le 2ème bat. du 1er Chasseurs avec à sa tête le futur légendaire Cambronne. Ils sont positionnés à environ cent mètres sous la Haye Sainte, le carré de droite sur la route de Bruxelles.

    Les fuyards passent à coté des ces carrés, les hussards de Vivian se refusent à les combattre, les contournent pour sabrer les fuyards, proie plus facile. D'autres cavaliers coalisés les suivent, Napoléon lance contre eux ses escadrons de service qui sont submergés. Non loin de la route, Ney tête nue, l'uniforme déchiré et le visage noir de poudre, n'a plus qu'un tronçon d'épée à la main. Il court rallier la brigade Brue de la division Durutte, seule troupe de ligne qui se replie en bon ordre, les jettent dans la bataille en hurlant, "Venez voir mourir un Maréchal de France". La brigade est dispersée rapidement. Ney refuse de quitter le champ de bataille, et entre dans un carré de la Garde. Les trois bataillons de la Garde repoussent sans peine la cavalerie, mais les carrés sont une proie facile pour les fusiliers ennemis. Les trois bataillons sont cernés de toutes part, mitraillés par l'ennemi, les canons Anglais tirent à 60 mètres. L'empereur ordonne à la Garde de quitter cette position intenable et de battre en retraite. Il galope ensuite vers la Belle Alliance

 

             Les bataillons de la Vieille Garde rejoints par le bat. du 3ème Grenadier de Poret de Morvan, placé précédemment en réserve, entament leur retraite pas à pas. Bientôt les carrés sur trois rangs deviennent triangles sur deux rangs, tant les pertes sont lourdes. On trébuche à chaque pas, tous les cinquante mètres il faut s'arrêter pour repousser une charge de cavalerie ou répondre à un feu d'infanterie. La retraite est considérablement gênée par les fuyards, la marche entravée par les cadavres.La Garde est écharpée par les coalisés et bousculée par la ligne en déroute. Elle rétrograde entourée de l'ennemi qui est à portée de voix. Des officiers Anglais crient à ses vieux soldats de se rendre. Exaspéré par la situation catastrophique et les incessantes sommations de l'ennemi, Cambronne à cheval au milieu d'un carré leur lança son fameux "Merde!!"  L'on prétend qu'un sous officier rajouta" La Garde meurt, mais ne se rend pas". Cambronne tombera de cheval quelques instants plus tard, blessé à la tête par une balle, inconscient. Le célébre tableau Anglais montrant Halkett faisant prisonnier Cambronne au beau milieu de la Garde n'est qu'un tableau de gloriole parmi de nombreux autres). Cambronne sera fait prisonnier et épousera par la suite une.... Anglaise.

    Il semble que le fameux "Merde" du général Cambronne soit un euphémisme, car plusieurs témoins ont déclaré : "Cambronne a dit aux Anglais d'aller se  faire f.....!" Il y eut même un procès à ce sujet. En tous cas, la bonne version ne sera jamais connue. Seule certitude, Cambronne a dit quelque chose à l'adresse des Anglais, et ça n'était sûrement pas un compliment. Et au fond cela n'est pas très important. La chose la plus ennuyeuse est de voir souvent Cambronne associé aux Grenadiers alors qu'il commandait des Chasseurs.

   

 

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MERDE !!

PR.gif (1298 octets)   La déroute est totale, les carrés de la Garde qui ont rejoint maintenant le plateau de la Belle Alliance sont presque anéantis. Le crépuscule ajoute à cette vision sa touche d'horreur. La confusion est telle que certains cavaliers Coalisés se chargent mutuellement, la brigade Adam est prise pour cible par l'Artillerie Prussienne.

    Dans Plancenoit, c'est toujours le carnage, la Garde demeure inexpugnable. Les Prussiens des divisions Hiller, Tippelkirsh et Ryssel doivent prendre le village rue par rue, maison par maison, pièces par pièces. La résistance est farouche. Le village est en feu, les débris incandescents s'abattent sur les combattants, les toits de chaume s'embrasent. C'est un véritable enfer. Un bataillon entier de la Jeune Garde est exterminé dans le cimetière. Son chef, Duhesme est mourant. Plancenoit sera le tombeau de la Jeune Garde. Le Tambour-Major Stubert du 2èm grenadiers assomme les Prussiens avec le pommeau d'argent de sa canne. On s'égorge comme à Ligny. Le Major Prussien Von Damitz, est obligé de constater: "Il faut anéantir les Français pour s'emparer de Plancenoit".

    Malgré une défense héroïque, la Garde, ou du moins ce qu'il en reste, submergée est chassée du village. Le général Pelet qui se trouve au milieu de l'ennemi avec une poignée d'hommes et le porte-aigle des chasseurs de la Vieille Garde rallie ses troupes qui reforment un carré au milieu de la cavalerie Anglaise, "A moi chasseurs de la Vieille Garde, sauvons l'Aigle ou mourrons près d'elle" *. Tous les Gardes valides entendant ce cri retournent se rallier autour de leur emblème. De Plancenoit déboulent pêle-mêle Français et Prussiens.

* Le mot "Aigle" utilisé pour désigner un emblème est de genre féminin.

    gren.jpg (3011 octets) A  Rossome, les deux impressionnants carrés du 1èr grenadiers de la Garde font blocs. C'est le corps d'élite de la Garde, l'élite de l'élite, la crème de la crème, vous dirons les Anglo-saxons. Quatre sur dix sont légionnaires (Récipiendaire de la légion d'honneur). Presque tous ont plus de quatorze ans de service, et les soldats à trois brisques n'y sont pas rare (La brisque est un chevron qui se porte sur la manche entre le coude et l'épaule, chacune d'entre elle indique que son possesseur à effectué sept ans de service). La taille moyenne du régiment est d'un mètre quatre vingt dix. Ces titans ont pris position devant la maison Decoster à gauche et à droite de la route.

    Autour d'eux, le sol est jonché de cadavres et de chevaux d'imprudents ennemis venus provoquer ces briscards. Il y a aussi des cadavres de Français qui voulaient chercher protection à l'intérieur des carrés. La sûreté des carrés est à ce prix. "Nous tirions sur tout ce qui se présentait, amis ou ennemis, de peur de laisser rentrer les uns avec les autres, c'était un mal pour un bien" dira le Général Petit, commandant ce régiment. Les carrés sont débordés par la droite ou par la gauche, toutes les charges ennemies sont repoussées.

    Ces deux bataillons tiennent tête à deux armées. L'Empereur qui à un moment a trouvé refuge dans l'un de ces carrés, ordonne de quitter la position. Le 1er Grenadiers commence sa retraite couvrant les arrières du fantôme de l'armée. Il s'arrête tous les 200 mètres environ pour rectifier la face des carrés et pour repousser l'ennemi qui depuis un moment hésite de plus en plus à charger ces redoutes vivantes.  Qu'importe, ils sont victorieux. La bataille est presque terminée, et personne n'a envie d'en être le dernier mort. L'empereur va rejoindre le 1èr bat. du 1er chasseurs de Duuring, apprend qu'il à repoussé une attaque Prussienne qui visait à couper la retraite de l'Armée. Il lui ordonne de suivre la colonne en marche, et de ce placer juste avant les grenadiers, qui ferment la marche. Plus tard, les Grenadiers du 1er de la Garde se mirent en colonne par section, l'ennemi n'osant plus l'attaquer. Blessée à mort, la Garde l'impréssionne toujours.              L'épopée militaire Impériale vient de s'achever.

"Comme s'envole au vent une paille enflammée, s'évanouit ce bruit que fût la Grande Armée" V.Hugo "Les châtiments".

 

Fr.gif (1266 octets) Sur le champ de bataille, près de 60 000 hommes gisent sur le sol, tués ou blessés. Certains blessés resteront sur le champ de bataille jusqu'au 21, attendant des secours débordés ou les pilleurs de morts. Charognards des champs de bataille, ils achèvent bléssés et mourants pour dérober uniformes ou le peu d'objets de valeur que détiennent ses braves. Les Anglais fusillent sur place ceux qu'ils surprennent. La haine est tenace, certains soldats Français blessés refusent les soins des ennemis. Des officiers de liaison Prussiens affirmeront que le lendemain des soldats de la Garde réfugiés dans les étages des maisons de Plancenoit  les ont copieusement insulté et arrosé de cailloux, faute de munitions. Ceux là se battent encore.

   

    Une des plus célèbre bataille de l'histoire vient de s'achever. Laissant à Napoléon le dernier mot "A Waterloo, à commencer par moi personne n'a fait son devoir". Phrase très dure surtout pour la Garde Impériale, pour donner une simple idée de son sacrifice, sur sept généraux Français morts à Waterloo, quatre appartenaient à la Garde. Je souhaite ne pas les citer car il me faudrait occulter les autres officiers , sous officiers et hommes de troupes. 

 

EPILOGUE

    Wellington sera reçu avec tous les honneurs en Angleterre, deviendra commandant en chef des armées, puis chef du gouvernement, il mourra en 1842.

Blücher sera lui aussi couvert de gloire, et vivra retiré jusqu'à sa mort en 1819.

    Napoléon abdique en faveur de son fils, puis embarque à Rochefort pour se livrer aux Anglais. Trahi, il est exilé sur l'Ile de St Hélène, et délivré par la mort en 1821, vraisemblablement empoisonné par Montholon avec la complicité des Anglais.

La France subira une occupation Coalisée extrêmement pénible, la chasse aux "Bonapartistes" sera féroce et sans pitié. La France est de nouveau déchirée. Les Coalisés rétablissent les Bourbons sur le trône de France en parfaite illégitimité. Les Français n'en veulent plus, ils ne tarderont pas à le faire savoir.

   

    Le retour de ses cendres, ou plus exactement de son corps, en France en 1840 donnera lieu à des scènes de ferveur. De nouveau, la France a basculé.

    Les vieux soldats survivants ont ressorti leurs uniformes, la veille, bivouaquant comme au bon vieux temps autour de feux de camps, le froid est intense. Le cortège funèbre est suivi par ces vieux grognards, traînant la patte, mais d'une dignité touchante.  Le maréchal Moncey, 87 ans, depuis huit jours suppliaient ses médecins de le faire vivre encore un peu pour "recevoir l'Empereur", aura à la fin de la cérémonie cette phrase qui résume bien la pensée des fidèles:

"A présent, rentrons mourir. "

 

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