LE CAMP DE BOULOGNE
La Baraque de l'Empereur
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Un terrain situé au Nord de Boulogne, face à la mer, accueillera Napoléon et son état-major. Situé sur une falaise, il offre la particularité d'embrasser l'ensemble du port ainsi qu'à l'époque la quasi-totalité de la ville. Il offre aussi par sa hauteur une protection contre les bombardements maritimes ennemis. Il est idéal pour placer des pièces d'artillerie. De nos jours, c'est la falaise où est situé le calvaire des marins. Les officiers du Génie de l'Empire évaluèrent la hauteur de cette falaise à 55 mètres. |
Ce n'est pas la première fois que cet emplacement est choisi comme lieu stratégique. C'est au même endroit que les Romains y installèrent une tour qui prit le nom de "tour Caligula" où "tour d'Odre" où "tour d'Ordre" et qui servi de phare jusqu'à son éboulement définitif en trois phases en 1644. Les Anglais l'appelait Old-man (Le vieil-homme), car une partie s'étant effondrée elle ressemblait vue de la mer à la silhouette d'un homme courbé. Des fortifications Anglaises furent édifiées au 16ème siècle, tout autour de l'ouvrage. Le fort des Anglais était en briques rouges, et ses vestiges en sont restés visibles très longtemps. "Formants chicots sur la falaise".
Autour de ce mur, un remblai de terre à été construit par les Anglais pour protéger l'ensemble, c'est sur une partie de ce remblai formant un tertre aujourd'hui rasé que l'on va construire la célèbre baraque.
Gravure de la Tour Caligula (Bibl.Nat.)
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On achète le terrain qui appartient à l'époque à Mme Veuve Delporte. Ces terrains deviendront par la suite propriétés d'un Anglais et de la famille Nicolaÿ, dont l'un des descendant Ferdinand écrivit au début du siècle un ouvrage magistral "Napoléon au camp de Boulogne"'(Perrin). Ferdinand Nicolaÿ à eu l'immense avantage de discuter avec des témoins visuels directs de l'époque. |
Ce terrain avait jadis appartenu à la baronnie d'Odre, L'on construit d'abord un sous-bassement de maçonnerie dans lesquels furent scellés les piliers principaux. En creusant, l'on retrouva des anciennes fortifications (Tour d'Odre) et cela fût considéré comme de bonne augure. L'ingénieur désigné fût M Sordy qui nous rapporte les dimensions et sa description. Reprise par Ferdinand Nicolaÿ. On prend la précaution de construire la baraque assez loin du bord de la falaise pour éviter les éboulements assez fréquents sur ce terrain argileux, qui plus est truffé de sources souterraines. Sage précaution qu'avait déjà prise les Romains en construisant la tour Caligula "à un jet d'arc du bord".
N.B: Un pied de l'époque mesurait: 0,32484 m, arrondi à 33 cm. Attention à ne pas le confondre avec le pied (Foot) Anglais qui n'a pas la même dimension.
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L'ouvrage à 100 pieds de longueur sur 22 et demi de largeur, (33 m sur 7.5 m environ) L'extrémité qui regardait vers le port était terminée par une rotonde de 30 pieds de diamètre. Elle était en planches de bois soigneusement travaillées et peintes en gris-blanc. Sa forme était celle d'un rectangle ayant à chaque extrémité deux pavillons de forme semi-circulaire. Les fenêtres étaient placées latéralement. Un pourtour fermé par un grillage en bois l'entourait. Voici pour l'extérieur. |
Le pavillon du côté de la mer, se composait de trois pièces et d'un couloir. La pièce principale servant de Chambre du conseil était décorée en papier gris-argent, le plafond était peint avec des nuages dorés, au milieu desquels ont voyait sur fond bleu de ciel un aigle tenant la foudre, et guidé vers l'Angleterre par une étoile. Au milieu de cette chambre, se trouvait une grande table ovale couverte d'un tapis de drap vert, sans franges.
On ne voyait devant cette table que le fauteuil de Sa Majesté lequel, fait d'un bois très simple était couvert en maroquin vert, rembourré de crin, et se démontait pièce par pièce; sur la table un écritoire en buis et quelques plumes d'oie taillées. Au mur pendait une immense carte des côtes de la Manche. C'était là tout le mobilier de la chambre du conseil. On entrait dans cette pièce par un couloir.
A droite de ce couloir, était la chambre à coucher de Sa Majesté, fermée par une porte vitrée, éclairée par une fenêtre qui donnait sur le camp de droite et de laquelle on voyait la mer à gauche. Là, se trouvait le lit de l'Empereur, en fer, large de moins d'un mètre, avec un grand rideau de simple Florence vert fixé au plafond par un anneau de cuivre doré. Sur ce lit, deux matelas, un sommier de crin, deux traversins très hauts et très durs, un à la tête, l'autre au pied, point d'oreiller: deux couvertures, l'une en coton blanc, l'autre en Florence vert ouatée et piquée; deux sièges de paille très simple. A la croisée, des rideaux de Florence vert . Cette pièce était tapissée d'un papier fond rose, à dentelle, bordure étrusque. Un table recouverte d'une serviette blanche sur laquelle sont posés ses ustensiles de toilettes. A un simple clou l'on voyait un chapeau déformé et usé, que Napoléon mettait de préférence pour aller aux champs ou en rade. Il perdait souvent ce chapeau; soit qu'il fût emporté par le vent, soit qu'il tombât dans la mer ; mais on le lui rapportait fidèlement comme un objet précieux.
La Baraque (GOBERT)
NB: Il est intéressant de constater qu'un Empereur prenait la précaution d'emporter un vieux chapeau pour les voyages "salissants", pour économiser un chapeau neuf ou "présentable".
Vis à vis de la chambre à coucher, était une pièce parallèle dans la quelle se dressait un grand télescope qui avait coûté 12 000 FF. De cet instrument puissant, l'Empereur par beau temps pouvait voir le château de Douvres. Dans la même pièce posée sur deux tabourets, une cassette de cuir jaune qui contenait les habits de l'Empereur et du linge. Au dessus, un chapeau de rechange, doublé de satin blanc et très usé.
Le corps principal de la baraque était divisé en trois pièces, un salon, un vestibule et une salle à manger qui communiquait par un couloir parallèle aux cuisines. En dehors de la baraque était aménagée une petite loge couverte en chaume qui servait de buanderie et dans laquelle on lavait la vaisselle.
Le service de Garde de la baraque était assuré concurremment par les Grenadiers à pied, à cheval et par les marins, tous de la Garde.
Il y a aussi sur gauche, la baraque de l'amiral Bruix qui offre les mêmes dispositions mais en plus petit. Entre les deux baraques, le sémaphore des signaux. Sur la droite de la baraque de l'Empereur se dressait la baraque du Maréchal Soult, construite en forme de hutte de "sauvage", couverte en chaume jusqu'à terre et vitrée par le haut. La dernière baraque de Decrès était conçue comme celle du Maréchal mais plus petite, ressemblait de loin à un énorme éteignoir.
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Après le départ de l'Empereur, la baraque se désagrégea au fil des années, mais bien plus parce que chaque visiteur en voulait une relique que par les outrages du temps. En 1810, quelques parties étaient encore debout. Les fondations furent visibles longtemps puis nivelées au alentours de 1850. |
En 1854, un Anglais, M. Kent, racheta le terrain et s'empressa d'y faire bâtir une statue de l'Empereur sur un piédestal. Bien entendu pour que l'ouvrage puisse résister au vent , il fit creuser des fondations. C'est en creusant ces fondations que l'on s'aperçut que d'anciennes tranchées ayant contenues la maçonnerie de la baraque étaient présentes. La statue fût donc installée, non comme on peut quelquefois le lire "près de la baraque", mais à l'endroit exact de la baraque, et pour être plus précis à l'endroit de la chambre à coucher de l'Empereur. La statue inaugurée en 1856 resta en place jusqu'en 1894 détruite par des anti-bonapartistes.
L'ensemble restant, fût ensuite rasé. Fait intéressant, ce que semblait ignorer F Nicolaÿ., c'est qu'il existe une photographie de cette statue transformée en carte postale Belge, prise évidemment avant 1894. Et fait important, l'on peut y voir à sa gauche, c'est à dire vers le port, un enclos qui se prolonge et sort du cadre de la photo; ce qui implique que le bord de la falaise n'est pas proche. La statue de l'Empereur faisait, une fois n'est pas coutume, face à l'Angleterre.
Statue érigée par KENT (Inconnu)
Quand à la baraque, si l'on se rappelle qu'elle fût construite assez loin du bord, mais il semble impliquer que, son emplacement est peut être encore en grande partie sur la falaise, et non pas comme on le croit souvent éboulé avec une partie de la falaise. Du point de vue vertical s'entend, car située sur un tertre rasé, la baraque devait être plus haute sur le plan horizontal.
De plus, l'on distingue sur la photo une route au pied de cette statue qui est la rue tour d'ordre, qui traverse la falaise. Cette rue existant toujours, la baraque de l'Empereur devait démarrer pratiquement au pied de cette rue. N'oublions pas quelle faisait 33 mètres de long.
Certes, nous Boulonnais, avons tous en mémoire la perte de notre calvaire des marins écroulé il y à quelques années, mais croire que la falaise à reculé de plus de 40 mètres en deux siècles serait une erreur. En fait, il semble qu'elle recule d'un cm par an, ce qui fait depuis cette période moins de deux mètres. Tenant compte bien sûr que les éboulements ne se font pas de manières uniformes.
Il y a d'ailleurs toujours un blokhaus de la dernière guerre mondiale au bord de cette falaise, qui lui n'a pas bougé. La pierre commémorative placée sur la falaise est sûrement beaucoup plus près de la baraque qu'on ne le pense. Elle serait en fait en plein dessus, ou dedans si l'on tiens compte du tertre rasé.
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En partant pour Austerlitz, l'Empereur ordonne de régler ses dépenses. L'ingénieur Sordy ayant présenté un mémoire de 50.000 Frs pour la baraque, le Grand maréchal de Palais refusa de s'acquitter de cette somme, exorbitante à l'époque, sans autorisation de l'Empereur. Sordy fût convoqué dans la salle du conseil de la baraque. |
Napoléon, reconnu pour son talent de gestionnaire,failli s'étrangler: "Cinquante mille francs, y songez-vous? Mais c'est effrayant, Monsieur Sordy!" puis il lâcha un terrible "Je ne vous ferai pas payer" L'ingénieur d'abord interdit, intimidé par le personnage resta un moment sans voix, puis comme l'Empereur examinait une carte, attendant sans doute une explication, Sordy tenta de se justifier:
"Sire, les nuages qui forment le plafond de cette chambre (du conseil), et qui entoure l'étoile tutélaire de Votre Majesté ont coûté 20.000 francs, à la vérité. Mais si j'avais consulté le cur de vos sujets, l'Aigle Impérial qui va de nouveau foudroyer les ennemis de la France et de votre trône eût étendu ses ailes au milieu des diamants les plus rares..."
"C'est fort bien, répondit en riant l'Empereur, c'est fort bien! Mais je ne vous ferai pas payer à présent (Maintenant); et puisque vous me dîtes que cet Aigle qui coûte si cher doit foudroyer les Autrichiens, attendez qu'il l'ait fait, alors je paierai votre compte avec les rixdales de l'Empereur d'Autriche et les Frédérics d'or du Roi de Prusse". L'Empereur se pencha de nouveau sur sa carte, préparant la fulgurante campagne de 1805. L'entretien était clos. La somme fût ramené par la suite à 30.000 frs.
Le 4 Décembre 1805, deux jours après Austerlitz, Sordy, alors Chef des communications fût convoqué au quartier général de l'Empereur, à Brünn.
"Monsieur l'ingénieur, je suis enchanté de vous voir. Vous aviez bien deviné quand vous étiez à Boulogne. Or, comme un honnête homme n'a que sa parole, et qu'un souverain doit être le plus honnête homme de tout le pays, les 30.000 frs qui vous sont dus pour ma baraque de là-bas vont vous être payés". Duroc prit alors un coffre en acajou, d'où il sortit des rouleaux. L'Empereur lui même sortit des ces rouleaux des rixdales d'or d'Autriche et des Roubles de Russie*. Il régla la somme intégralement. Sordy voulu remercier l'Empereur , mais celui ci ajouta: "Ce n'est pas moi qu'il faut remercier, mais l'Empereur d'Autriche et l'Empereur de Russie". Ce sont de ces gestes qui font entrer les souverains dans la légende.
*(La Prusse n'avait pas prit part au conflit, remplacée par les Russes. La Prusse avait refusé, à contrario, l'offre de l'Angleterre qui proposait aux puissances Continentales de payer en or chacun de ses soldats s'ils attaquaient la France).